Le Réseau International Médias Énergie Environnement - RIME, dans la mise en œuvre de son plan de travail annuel exercice 2026, a tenu vendredi 15 Mai 2026 son premier webinaire transfrontalier d’informations et de renforcement de capacités d’experts du climat, acteurs de la finance verte, acteurs du développement durable , des professionnels de médias, des membres du RIME et participants de plusieurs pays autour du thème : Marchés Carbone et Initiatives Carbone Souveraine en Afrique : Mécanismes, Enjeux, Opportunités pour le Continent et controverses. Cette rencontre a permis de comprendre la finance Carbone, de s'approprier des diverses sémantiques et terminologies liées au thème puis d’explorer les opportunités, défis et enjeux de gouvernance liés au financement climatique du continent africain. Cette rencontre virtuelle a surtout permis de poser une problématique essentielle : comment l’Afrique peut-elle transformer les marchés Carbones en un véritable levier de développement local et de souveraineté économique ?

Gloria AKOAKOU

Organisé dans une dynamique de communication et de vulgarisation de l’information aux fins d’une part, du renforcement du journalisme spécialisé sur la finance Carbone et, d’autre part, de sensibiliser les décideurs politiques et économiques aux mécanismes de la finance Carbone afin qu’ils puissent se les approprier pour en tirer les opportunités et bénéfices pour le continent Africain. Ce webinaire a réuni deux experts internationaux de renom : Dr Al-Hamndou Dorsouma, chef de la division climat et croissance verte à la Banque Africaine de Développement, et M. Paul Sébastien, expert des marchés carbone et co-fondateur d’Africa Carbone Solutions. 

M. Paul Sébastien a rappelé un paradoxe qui nous interpelle tous. « L’Afrique c’est 17% de la population mondiale, c’est 4% des émissions Carbone mondiale, et c’est le 1er continent impacté par le changement climatique. Donc, en clair, l’Afrique n’est pas responsable du changement climatique mais ne reçoit que 3% de la finance climatique mondiale. L’Afrique aurait besoin, une estimation de la Banque Africaine de Développement (BAD), de 130 milliards de dollars par an d’investissement dans sa transition énergétique, écologique, d’adaptation au changement». 

Pour mettre en lumière les opportunités que peut explorer l’Afrique pour amoindrir ce paradoxe, l’expert a expliqué les différences entre les marchés Carbone volontaires internationaux et les mécanismes de conformité. Les premiers permettent à des projets certifiés de générer des crédits Carbone échangeables sur des marchés internationaux, tandis que les seconds sont imposés par des réglementations étatiques ou régionales, à l’image du système européen ETS. Selon lui, l’absence de mécanismes de conformité dans la majorité des pays africains prive le continent d’importantes opportunités économiques. L'enjeu pour l'Afrique serait  d'avoir une approche où tous les 54 pays se mettent ensemble pour bâtir et développer des solutions harmonisées et standardisées au niveau continental et non que chaque pays mette en place ou cherche à développer des mécanismes différents chacun dans son coin.  C'est une perte de temps, une perte d'énergie et surtout une perte de lisibilité voire de crédibilité sur la scène internationale. D'où l'importance de tendre vers une voie commune et le temps de faire des modèles harmonisés

Parmi les exemples cités par l’expert, celui de Djibouti a particulièrement retenu l’attention. Le pays a instauré une contribution Carbone souveraine appliquée aux pollueurs internationaux maritimes et aériens utilisant ses infrastructures portuaires et aéroportuaires. Les revenus générés permettent de financer des projets locaux dans les secteurs de la santé, de l’électrification, du traitement des déchets ou encore du développement communautaire. Ce modèle suscite déjà l’intérêt d’autres pays africains comme Gabon et Liberia, avec l’appui de l’Union Africaine et de plusieurs agences des Nations Unies. 

Pour le Dr Al-Hamndou Dorsouma, il faut que les États africains arrivent à éviter les dérives surtout quand cela concerne les contrats d'achat de crédit carbone à vil prix. Et ce genre de contrat remet souvent en cause même des États et des populations sur leurs propres ressources naturelles. Selon lui, pour pallier ces genres de situation il est important pour chacun de nos Etats de promouvoir à tous égard un partenariat gagnant-gagnant. Les Etats devraient et doivent disposer de capacité de conseils juridiques adéquats pour négocier d'égal à égal les contrats d'achat de crédit d'émission. Pour ça, il faut se doter de cadre réglementaire et législatives qui répondent à chaque pays en vue de protéger les ressources naturelles pour éviter que ces ressources soient spoliées. 

Ces cadres juridiques sont des mécanismes importants pour encadrer non seulement la politique foncière mais surtout clarifier les mécanismes de partage de bénéfices issus de l'achat de crédit Carbone. Il faut disposer dans nos États des systèmes de vérification transparente qui puissent rassurer les investisseurs.

C'est en réponse à ce genre de problème que la Banque Africaine de Développement - BAD à initier un mécanisme appelé facilité africaine de marché Carbone qui a deux composantes : une composante en amont et une en aval qui vise à appuyer les pays africains à renforcer leur cadre réglementaire dans le cadre de développement de crédit Carbone, promouvoir l'équité entre les secteurs, la méthodologie et surtout le partage équitable des bénéfices sur le crédit Carbone.

Le potentiel est énorme en Afrique mais il existe de nombreuses contraintes. Des contraintes systémiques notamment des contraintes techniques, institutionnelles, de gouvernance mais également des contraintes financières.

Il faut dire que le marché carbone est un mécanisme très complexe. Il est encore très peu encadré juridiquement en Afrique

À travers cette rencontre, les acteurs du secteur ont ainsi plaidé pour une approche africaine des marchés Carbone, fondée sur la souveraineté, la justice climatique et une meilleure valorisation des ressources naturelles du continent.

Ce rendez-vous du savoir consacré à la finance Carbone en Afrique a permis de mettre en lumière les enjeux majeurs liés au financement climatique sur le continent. Il réaffirme l’engagement du Réseau International Médias Énergie Environnement - RIME pour la promotion et la vulgarisation des enjeux climatiques, de protection des écosystèmes et les crimes environnementaux.