La gestion des déchets s’impose progressivement comme l’un des grands défis du développement durable sur le continent africain. C’est autour de cette problématique que s’est articulé le cinquième webinaire du Réseau international Média, consacré au thème : « Déchets en Afrique : problèmes environnementaux ou économie à construire ? ». Les échanges ont permis d’aborder la question sous plusieurs angles, notamment environnemental, économique, institutionnel et énergétique.
Selon les échanges, un déchet peut être considéré comme un objet ou une matière dont son premier utilisateur n’a plus besoin et dont il souhaite se débarrasser. Mais cette définition révèle également une réalité importante. Ce qui constitue un déchet pour une personne peut encore représenter une utilité ou une ressource pour une autre. Cette approche permet de dépasser la conception classique du déchet comme une matière sans valeur. Lorsqu'une matière peut être réintroduite dans un cycle de transformation ou recevoir un nouvel usage, elle peut devenir une ressource.
Tous les déchets sont-ils recyclables ?
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de les catégoriser. La question des déchets ne peut pas être abordée comme un ensemble homogène. On distingue notamment les déchets issus des processus de production, les déchets de consommation, les déchets ménagers, les déchets médicaux, les déchets dangereux ou encore certains déchets assimilés. Ils peuvent également prendre différentes formes : solides, liquides ou gazeux. Chaque catégorie appelle des méthodes particulières de collecte, de traitement et de valorisation.
« Certains déchets sont arrivés en fin de vie et ne permettent plus de récupérer suffisamment de matière utile. D’autres peuvent techniquement être valorisés, mais le coût de leur récupération ou de leur traitement peut être tellement élevé que l’opération devient économiquement difficile », fait savoir Junior Tchiteya, expert en économie du climat et développement durable. « Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement de savoir si un déchet est recyclable. Il faut également déterminer quelle valeur peut être créée à partir de celui-ci et si cette valorisation répond à un besoin réel du marché » a-t-il ajouté.
Les déchets ménagers, un défi majeur pour les villes africaines
Dans les villes africaines, les déchets ménagers apparaissent comme l’un des problèmes les plus visibles. Ils représentent une importante production collective et sont souvent moins bien régulés que certains déchets provenant des secteurs industriel ou médical. Le problème est donc autant lié aux volumes produits qu’à leur organisation, leur collecte, leur tri et leur traitement, indique Moutaïrou. Badarou, ingénieur en prétrochimie.
À cela s’ajoute la présence massive des déchets plastiques. Lorsque les déchets organiques et les plastiques ne sont pas séparés à la source, leur mélange complique considérablement les possibilités de valorisation, ajoute l’expert. Dans certaines zones subsahariennes évoquées au cours du webinaire, une part importante des déchets finit encore dans des décharges ou est éliminée par des méthodes considérées comme non durables et polluantes.
La crise des déchets est également liée à la manière dont les villes africaines se développent. Selon Moutaïrou. Badarou, ingénieur en prétrochimie, « l’expansion urbaine s’est parfois faite de manière horizontale et sans que les infrastructures nécessaires suivent le même rythme. Les déchets produits par les ménages et les marchés se retrouvent alors dans les quartiers, les rues et les espaces non prévus pour leur traitement ». La gestion des déchets ne doit pas être considérée comme une problématique isolée. Elle est étroitement liée à l’aménagement urbain, aux infrastructures, à la gouvernance locale et à la planification du développement.
Le véritable défi, créer des chaînes de valeur
La valorisation des déchets suppose cependant l’existence d’un écosystème organisé. Il faut pouvoir collecter, trier, transporter, transformer et commercialiser les matières récupérées. La réussite d’une telle approche dépend donc autant des capacités techniques que de l’existence d’un marché pour les produits issus de la valorisation. Cela permet d’envisager la gestion des déchets comme une chaîne de valeur économique, susceptible de créer des activités et des emplois tout en réduisant les pressions exercées sur l’environnement.
Une économie à construire autour des déchets
Les déchets représentent-ils uniquement un problème environnemental ou peuvent-ils constituer une économie à construire ? Les différents échanges montrent que les deux dimensions sont étroitement liées. Mal gérés, les déchets deviennent une source de pollution et de risques pour les villes et les écosystèmes. Mais lorsqu’ils sont correctement collectés, triés et orientés vers les filières appropriées, certains peuvent devenir des matières premières secondaires, des intrants agricoles, des sources d’énergie ou des opportunités économiques.
L’enjeu pour les pays africains est donc de passer progressivement d'une logique centrée uniquement sur l’élimination des déchets à une approche intégrant prévention, collecte, tri, réutilisation, recyclage et valorisation. La question des déchets pourrait ainsi devenir l’un des terrains où se rencontrent environnement, innovation, énergie et économie. Mais cette transformation nécessite des infrastructures adaptées, des politiques publiques cohérentes, des acteurs économiques structurés et une population davantage sensibilisée.
Sensibilisation et connaissance des enjeux
La technologie seule ne suffira pas à résoudre la question des déchets. Les experts ont insisté sur l’importance de l’éducation et de la sensibilisation des populations. Une meilleure connaissance des possibilités de valorisation pourrait permettre de modifier les pratiques de gestion des déchets au niveau des ménages et des communautés.
Certaines matières considérées aujourd’hui comme inutiles peuvent pourtant trouver des applications dans l’agriculture ou d’autres secteurs. Les coquilles d’escargot ont notamment été citées comme exemple de matière pouvant être utilisée dans la fertilisation des sols.
En Afrique, le défi n’est peut-être plus seulement de savoir comment se débarrasser de nos déchets, mais de déterminer comment leur donner une nouvelle valeur sans déplacer les problèmes environnementaux ailleurs.
Gloria AKOAKOU